Glaciers en péril, nous sommes tous en péril

21 mars : journée mondiale des glaciers

La plupart des glaciers de la planète disparaîtront au cours du XXIème siècle à cause du dérèglement climatique. Mais quelle importance un glaçon qui fond me répondrez vous? C’est une excellente question. Nous allons voir que la fonte des glaciers est ce qu’on appelle un point de bascule, c’est à dire un moment où une situation donnée peut considérablement s’aggraver.

La fonte d’un glacier c’est d’abord la disparition d’une énorme quantité d’eau, stockée sous forme de glace, et autrefois libérée au printemps pour alimenter les écosystèmes en aval. L’approvisionnement en eau des populations est sévèrement compromis par exemple en Himalaya avec la fonte des glaciers. Ne parlons pas des avalanches et éboulements que ces quantités d’eau vont entraîner avec elles, on en parle suffisamment dans l’actualité.

Le Rhône, en partie alimenté par la fonte des glaciers, pourrait voir son débit diminuer de 10 à 40 % en fonction des scénarios climatiques. La baisse du niveau des cours d’eau alimentés par les glaciers affecte l’agriculture, notamment dans des régions densément peuplées comme celles du Gange et de l’Indus en Asie. Des millions de personnes dépendent de ces eaux pour l’irrigation et la production alimentaire.

La fonte des glaciers, c’est également la disparition de l’albedo. La glace, réfléchissante, laisse place à la roche qui absorbe plus facilement la chaleur. Aussi les écosystèmes de montagne, au fur et à mesure qu’ils perdent leurs espaces blancs et réfléchissants se réchauffent de plus en plus vite.

Mais ce n’est pas tout : les glaciers abritent une biodiversité unique qui disparaîtra avec eux. Des animaux comme les ours polaires, les phoques, et certains oiseaux marins sont particulièrement vulnérables. La disparition de ces espèces peut entraîner un déséquilibre de la chaîne alimentaire à des échelles importantes. C’est le cas en Patagonie et en Antarctique.

Quand un événement climatique devient-il un point de bascule?

Il y a une autre conséquence de la fonte des glaciers, bien plus difficile à évaluer, mais certainement très impactante : une énorme quantité d’eau douce va être libérée dans la mer.

Ceci aura de nombreuses conséquences indésirables telles que :

  • L’élévation du niveau de la mer, menaçant les zones côtières et les îles basses. Cela peut entraîner des inondations, la perte de terres agricoles et le déplacement de populations.
  • La perturbation, le ralentissement, voire la disparition de courants marins qui jouent un rôle essentiel pour réguler notre climat.
  • Nous l’avons déjà évoqué mais la disparition de ces glaciers, c’est aussi la disparition de grands territoires qui réfléchissaient la chaleur du soleil plutôt que l’absorber. C’est donc un risque accru d’accélération du réchauffement planétaire.

C'est grave docteur, un point de bascule?

Par définition, un point de bascule, ou point de rupture, c’est un moment où un mécanisme de régulation d’un système complexe, ici un milieu naturel, atteint un seuil de non retour. La régulation disparaît : on bascule dans autre chose qui peut être catastrophique.

Dans les conditions normales, le système s’autorégule, il y a plus d’eau dans le glacier certaines années, moins quand les précipitations sont rares, mais on tourne autour d’un équilibre. Quand le point de bascule est franchi, c’est un nouvel équilibre qui s’installe. Dans le cas des glaciers, c’est l’eau qui s’est déplacée vers une autre zone géographique, c’est la température locale qui n’est plus régulée de la même façon, ce sont les courants marins qui disparaissent ou qui changent, ce sont des populations animales, végétales ou microbiennes qui disparaissent.

Que pouvons nous faire?

La première chose à faire, c’est d’atténuer le dérèglement climatique, et pour cela il n’y a pas d’autres solutions que de changer nos modes de vie : chaque dixième de dégré compte.

Ce qui signifie que chaque effort de sobriété compte, que chaque activité économique qui est décarbonée compte.

Au moment de franchissement des points de bascule, si les conséquences sont suffisamment graves pour alerter l’opinion, seuls ceux qui seront préparés pourront s’adapter. Imaginez que du jour au lendemain, parce que les glaciers des alpes ont fondu, il n’y a plus de neige, plus de ski, plus de tourisme. Imaginez que des villes côtières soient submergées. Que se passera-t-il? Comment seront perçues les activités économiques qui en seront responsables?

Oui c’est maintenant qu’il faut adapter nos activités. Parlons en.