Prospective et vérité : la méthode en 4 points pour échapper aux fakes news.

Une vérité qui se définit clairement se défend clairement.

La vérité ou le chaos ? Comment la prospective nous aide à tracer un chemin viable vers le futur malgré les mensonges.
Image générée par IA. Prompt : dessine moi un rond qui soit aussi un triangle et un carré.

Les experts interrogés par le forum économique mondial perçoivent la désinformation comme une des principales menaces pour l’économie mondiale et pour la société aussi bien à courte échéance (2 ans) qu’à plus long terme (10 ans).

Les fake news, les vérités alternatives nous envahissent, semblent triomphantes, semblent pouvoir tout justifier. Elles sont likées et transmises plus vite que les vraies informations. Le déni règle en maître, la science est battue en brèche.

Mais n’est ce pas inévitable après un siècle de publicités tous azimuts, qu’après le mépris pour la vérité affiché par les totalitarismes autant que par les démocraties, par les grandes entreprises, par les géants de l’agroalimentaire au cours du XXIème siècle, et après la surcharge informative portée par l’info en continu. La question qui demeure est : que voulons nous faire du XXIème siècle et comment notre économie peut elle survivre à la méfiance généralisée. L’économie a besoin de confiance.

C’est pour nous un réel sujet de prospective que de réfléchir comment la question de la vérité, de l’information fiable et authentique devient un sujet de société, au point de devenir un sujet économique, et peut être même un sujet valorisé économiquement.

Mais qu’est ce que la vérité ?

4 grands noms de la philosophie1 vont éclairer notre réflexion, et ils nous fourniront les clés pour sortir de la post vérité, avec un coup de pouce supplémentaire.

Pour Aristote :  la vérité est l’adéquation de l’intellect aux choses. C’est ce qu’on peut appeler la réalité objective. Regardons les faits, et voyons s’ils sont en correspondance avec les idées. Le biais contemporain : les faits alternatifs (créons un site internet qui diffuse les infos dont nous avons besoin).

Très important, Aristote définit aussi 3 règles : l’identité, la non contradiction et le tiers exclu.

L’identité : toute réalité est égale à elle-même. La non contradiction : la réalité A n’est pas compatible avec son contraire nonA. Le tiers exclu : il n’existe pas une troisième voie qui revendique à la fois A et nonA.  C’est sur ce dernier point que nous chercherons justement une troisième voie, parce que c’est ce tiers exclu qui nous conduit droit au mur quand nous faisons face à la complexité du monde.

Pour Saint-Augustin : la vérité n’est pas seulement dehors, elle est dedans (In interiore homine habitat veritas). Elle est issue de la subjectivité spirituelle ou de l’intuition. La vérité n’est pas qu’un constat froid, mais une expérience vécue par un sujet. Le biais contemporain : toute opinion est une vérité. Tout est subjectif.

Pour Charles Sanders Peirce (1839-1914), logicien et philosophe américain, fondateur du pragmatisme et de la sémiotique (l’étude des signes : la vérité est une destination. C’est l’opinion finale sur laquelle toute la communauté des chercheurs finira par tomber d’accord si l’enquête est poussée assez loin. C’est une réflexion qui inspire la communauté scientifique. Karl Popper a travaillé sur la méthode avec sa théorie de la falsifiabilité : toute affirmation scientifique se doit d’être éprouvée par une expérience à même de démontrer sa fausseté éventuelle. Le biais contemporain : les communautés de complotistes qui accumulent les petits détails qui font sens pour penser qu’on nous ment.

Pour Nicholas Rescher (1928-2024), Philosophe germano-américain : la vérité se vérifie par la cohérence systémique. Puisque nous n’avons pas accès à la “chose en soi”, nous vérifions l’adéquation de notre idée à un système de croyances qui tient debout. C’est la cohérence qui qualifie la vérité.

La pensée ternaire : tenir ensemble les quatre conceptions de la vérité

Pour tenir ensemble ces quatre impératifs de la vérité, il nous faut tordre le cou au principe du tiers exclu, sans le renier, mais en le considérant sous un nouveau jour : face à deux propositions contradictoires, nous devons admettre une troisième voie qui les dépasse. Et la complexité du monde nous y invite.

Deux personnes tiennent entre eux un dé. L’un voit la face avec le 1, c’est sa vérité subjective. Elle correspond aux faits qu’il observe. L’autre voit la face opposée le 6. Ils sont en contradiction. La troisième voie consiste à prendre du recul et à voir le dé. Et ce dé comporte 4 autres faces !

La vérité peut être ancrée dans le réel (Aristote), être saisie de façon subjective par l’esprit (Augustin), validée par un processus de recherche et de validation par les pairs (Peirce), et vérifiée par sa cohérence avec notre système de pensée, de valeurs, nos axiomes (Rescher). Et la voie ternaire nous montre qu’en cas de contradiction, nous pouvons avoir affaire à une troisième voie qui intègre deux propositions initialement vues comme contradictoires.

Deux exemples : la sortie des fossiles, le dilemme économie vs écologie

Appliquons cette analyse à la question des carburants fossiles et du perfectionnisme impuissant face à la « solution » des voitures électriques :

Oui, notre économie est dépendante aujourd’hui des énergies fossiles, c’est un fait. Mais nous avons réalisé à quel point notre climat se dérègle et nous ne pouvons plus accepter cette situation. Or les solutions alternatives comme les véhicules électriques ont de nombreux défauts (pollutions déportées sur d’autres terrains, intermittence, pénuries de ressources rares, etc) : il n’y a pas la cohérence systémique avec les solutions proposées (ex. véhicules électriques). Et la solution peine à se concrétiser dans la communauté, et à se faire accepter.

La voie ternaire, c’est de reconnaître que nous devons reconsidérer nos modes de déplacement, pas seulement passer à l’électrique.

Prenons un autre dilemme contemporain : croissance contre décroissance, ou performance économique contre écologie.

Les faits s’opposent : nous constatons la finitude des ressources. Mais nous voyons aussi que nos modes de vie nous empêchent de gérer correctement le renouvellement de ces ressources. Il faut donc une voie ternaire qui tienne ces deux contraintes. La cohérence pose aussi problème : comment une entreprise peut elle être « performante » si son activité, par les externalités négatives, détruit l’environnement dont elle a besoin ? Il nous faut une troisième voie, intégrée, à valider dans le temps par la communauté : l’économie régénérative. Je ne me contente pas de produire X avec la ressource A, je préservé également la ressource A.

Le but n’est plus de consommer moins ou de gagner plus, mais de concevoir des systèmes économiques qui, par leur activité même, améliorent l’environnement (ex: agriculture régénérative, économie circulaire réelle).

La vérité ou le chaos ? Comment la prospective nous aide à tracer un chemin viable vers le futur malgré les mensonges.

L’algorithme infaillible pour détecter les fakes

Revenons à notre problème de vérités alternatives. Nous avons, avec ces quatre impératifs de la vérité, un formidable filtre. Nous pouvons construire un algorithme de validité très simple : un point par critère.

Face à une information nouvelle, surprenante, potentiellement fausse et trompeuse :

1/ Les faits dont je peux prendre connaissance concordent ils avec l’info ? 1 point

2/ Les intentions visées par l’information sont elles censées et suffisamment neutres ou sont ce mes émotions qui sont prises pour cible (je suis manipulé) ? 1 point

3/ L’information est elle cohérente avec nos systèmes de valeurs, nos axiomes, notre système de pensée, la science ? 1 point

4/ L’information est elle validée, dans le temps, par une communauté pluraliste capable d’éprouver l’information ? 1 point

  • point : 🚩 Danger. C’est une opinion pure ou une invention. Ou une mauvaise explication.

Deux points : ⚠️ Méfiance. L’info est possible mais fortement suspecte.

Trois points : ⚠️ Prudence. L’info est possible mais seule l’épreuve du temps validera.

Quatre points : ✅ Solidité. L’information est une “vérité” au sens noble du terme.

La vérité demande du temps, de la logique et des preuves. La fake news, elle, ne demande que votre clic spontané.

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Et si vous souhaitez découvrir un atelier de discernement des fake news en primaire que nous avons développé pour l’association AXXIS, c’est sur le site de l’association, MOOC démarche scientifique.

La prospective nous enseigne également que cette question du discernement de la vérité sera un enjeu sociétal majeur. La vérification de la vérité aura un prix conséquent dans le futur qui se prépare. Qui en deviendra le champion?

  1. Remerciements à Antoine Arjakovsky pour sa réflexion éclairante dans son ouvrage : Qu’est ce que la science morale et politique? p128 la logique ternaire. ↩︎