La finance gouverne le monde. Certes. Mais elle est aussi gouvernée par les changements du monde, et très préoccupée de ne pas avoir d’actifs échoués (stranded assets), ces investissements qui ne rapportent plus parce que la conjoncture leur est définitivement favorable. La finance se prépare donc à un monde plus durable, mais à quel rythme, et qu’est ce qui change en 2026 ? La régénération !
De la gestion du risque …
Retour vers le passé récent, la finance se préoccupe de gestion du risque évidemment. Le risque climat, le risque adaptation, le risque carbone sont de plus en plus pris en compte par les acteurs de la finance. Ces risques sont devenus une réalité : on pense par exemple aux incendies et inondations à répétition en Californie qui rendent certains secteurs inassurables. Mais le secteur de l’investissement doit également anticiper une catastrophe naturelle majeure, un point de rupture, qui forcerait les organisations internationales et les états à imposer brutalement et rapidement les accords de Paris.
Les acteurs financiers sont tenus légalement de chercher le meilleur investissement possible pour ceux qui leur ont confié leur épargne. Ce qui semblait autrefois évident, prendre les actifs les plus profitables, ne l’est plus aujourd’hui si l’on considère que ces actifs sabotent l’économie en sous marin. La durabilité devient de plus en plus un critère de profitabilité.
Le secteur de l’assurance, un acteur financier important, se préoccupe depuis longtemps des secteurs de l’économie extractive et fossile qui créent du risque assuranciel par le dérèglement climatique. Beaucoup d’acteurs bancaires et assuranciels se désinvestissent des secteurs du charbon mais tardent parfois à se désinvestir du pétrole en raison de rendements 1qui sont encore bons.
La publication d’un rapport INSEE sur les comptes augmentés de la France de 2023 montrant que l’économie française crée plus de dommages climatiques futurs, via son impact carbone, qu’elle ne génère d’épargne, a marqué les esprits.
En 2026, les risques physiques du changement climatique sont devenus financièrement matériels.
- Assurabilité en question : L’impossibilité d’assurer certains actifs dans des zones à risques (inondations, incendies) provoque des dépréciations massives dans les portefeuilles immobiliers et industriels.
- Stress-tests climatiques : Ils sont désormais obligatoires et standardisés par les banques centrales, forçant les investisseurs à sortir des actifs trop exposés à la hausse des températures. Le réseau NGFS (Network for Greening the Financial System : Réseau des banques centrales et des superviseurs pour le verdissement du système financier) propose des scénarios pour évaluer la résilience immédiate face à des chocs brutaux, comme une hausse soudaine du prix du carbone ou des catastrophes naturelles en série sur 5 ans. On y teste la liquidité et la solvabilité immédiate.
Enfin les bouleversements géopolitiques créés par les guerres, l’épidémie de Covid, les pénuries alimentaires dues au climat, et plus récemment le réveil de l’impérialisme américain menacent de nombreux actifs : la relocalisation des actifs devient un enjeu de souveraineté et donc un enjeu de financement.
… A la régénération.
La régénération a commencé timidement avec par exemple la loi Hamon qui impose la Priorité à la Réparation et au Réemploi : Au lieu de payer pour le remplacement d’un objet (voiture, électroménager, pièce de bâtiment) par un neuf, les assureurs peuvent imposer ou fortement inciter à l’utilisation de pièces de réemploi (Pièces Issues de l’Économie Circulaire – PIEC).
Les assureurs peuvent contractualiser avec des réseaux d’artisans et d’entreprises de reconditionnement qui garantissent l’utilisation de matériaux circulaires. Cela crée une demande structurée2 pour les filières de l’économie circulaire (comme les plateformes de réemploi du BTP).
Le Crédit Agricole Assurances (France) investit dans des projets qui soutiennent la transition des exploitations agricoles vers des modèles plus respectueux des sols et de la biodiversité (agriculture de conservation, agroforesterie), en phase avec les principes de l’économie régénérative. C’est un soutien à l’Agriculture Régénératrice.
Enfin, les obligations de transition (Transition Bonds) sont de nouveaux outils financiers développés pour financer la mutation technologique des industries lourdes. On assiste aussi à l’émergence d’une finance spécialisée dans l’extraction responsable des métaux nécessaires à la transition (lithium, cuivre), avec des critères ESG drastiques pour éviter de créer de nouveaux “déserts écologiques”.
On ne cherche plus seulement à éviter le pire, mais à financer activement un futur viable où le profit est indexé sur la préservation des ressources. C’est ça la régénération !

Les secteurs qui émergent dans la régénération : l’eau
La gestion de l’eau, la purification de l’eau devient un sujet majeur dans une France où 15% des nappes phréatiques ne sont plus exploitables, où le décret d’application de la loi sur les PFAS a attiré l’attention de tous sur la pollution de quasiment tous nos approvisionnements en eau (la loi impose le contrôle systématique de 20 molécules de PFAS dans l’eau potable), et où l’état lui même perd un procès où son incapacité à fournir une eau saine aux concitoyens est reconnu. Condamnation historique en 2025 avec l’affaire du siècle (lié notamment à l’échec du plan écophyto).
Les conséquences concrètes en 2026 :
- Le principe de “Pollueur-Payeur” inversé : Puisque l’État n’a pas su protéger la ressource, les collectivités locales (qui doivent financer des usines de potabilisation ultra-coûteuses, par exemple à base de charbon actif) se retournent contre lui pour obtenir des indemnisations.
- L’inaccessibilité de l’eau : Le Conseil d’État a validé (en décembre 2025) la possibilité pour des maires de refuser des permis de construire en raison de l’impossibilité de fournir une eau conforme aux nouvelles normes sans investissements massifs immédiats.
Conséquences concrètes : investissements massifs dans les technologies de l’eau.
Les secteurs qui émergent dans la régénération : infrastructures
Les infrastructures sont les premières touchées par les événements climatiques extrêmes : inondations, canicules qui rendent les installations inopérantes aux heures les plus chaudes, dégâts massifs dus aux orages ou grêlons, voire des mini tornades.
- Nouveaux KPI : Les analystes financiers notent désormais les entreprises sur leur capacité à fonctionner dans un monde à +2°C (soit +4 à +5° en Europe continentale).
- Infrastructures résilientes : Les fonds de pension privilégient les projets d’urbanisme et d’infrastructure capables de résister aux chocs climatiques extrêmes, transformant l’adaptation en une classe d’actifs à part entière.
Conséquences concrètes : investissements massifs dans le bâtiment adapté au dérèglement climatique, mais également connecté, avec assainissement, de l’air, de l’eau, qualité de vie. C’est ça la régénération !
Les secteurs qui émergent dans la régénération : la biodiversité
La biodiversité est de plus en plus reconnue comme un élément fondamental de l’économie. La qualité des sols, la pollinisation, la qualité de l’air, les ressources renouvelables jouent un rôle de plus en plus central dans l’économie. Leur préservation est un impératif. Leur régénération est un enjeu pour l’économie contemporaine.
La finance reconnait de plus en plus les acteurs qui préservent la biodiversité. Mieux des entreprises (Comme Norsys ou Patagonia) accueillent à présent un représentant de la nature dans leur conseil d’administration.
La “Finance des Communs” et l’Investissement Circulaire
L’économie linéaire (“extraire, fabriquer, jeter”) est devenue trop coûteuse en ressources. Elle se retrouve confrontée à des problèmes géopolitiques très concrets : par exemple la demande de cuivre excèdera la capacité de production dès 2025. Autre exemple : l’obsession de l’empire américain pour certains territoires miniers manifeste clairement une anxiété croissante par rapport à l’épuisement des ressources.
- Modèles d’usage vs Propriété : La finance durable de 2026 privilégie les entreprises qui vendent l’usage (économie de la fonctionnalité) plutôt que le produit.
- Dette Bleue : Après les Green Bonds, les Obligations Bleues (dédiées à la protection et l’exploitation durable des océans) connaissent une croissance exponentielle, l’océan étant reconnu comme le premier régulateur climatique mondial.
- Premiers modèles à succès de l’économie circulaire : quand Décathlon affiche que son secteur du réemploi est six fois plus rentable pour un impact carbone divisé par 30, le monde de l’économie s’interroge : comment appliquer cette manne à d’autres secteurs ? Michelin développe un modèle de pneu vendu au kilomètre, donc à l’usage, plutôt qu’à la possession. Le secteur de l’automobile développe de plus en plus le leasing, format sans doute indispensable pour financer les véhicules électriques encore couteux à l’achat et rapidement obsolètes vu l’évolution rapide de la technologie.
Le secteur du réemploi commence à se structurer avec des acteurs devenus indispensables dans le bâtiment où un plan de réemploi devient obligatoire dès la démolition ou la rénovation d’une surface supérieure à 1000 m2.
Le secteur du recyclage évolue d’un recyclage mécanique ou thermique laborieux et couteux en ressources à un recyclage moléculaire par la dépolymérisation qui émerge dans les textiles et les plastiques. Des usines géantes de recyclage (comme celles de Northvolt ou Redwood) parviennent à récupérer plus de 95% du lithium, du cobalt et du nickel pour fabriquer de nouvelles batteries, réduisant la dépendance aux mines étrangères. On commence à utiliser le carbone capturé dans les fumées industrielles pour fabriquer des matériaux : des mousses pour matelas ou des fibres textiles.
L’économie symbiotique devient une réalité : Les déchets des uns deviennent les ressources des autres. La chaleur d’un data center chauffe une serre urbaine, dont les déchets organiques servent à produire du biogaz pour les camions de livraison.
Noter, évaluer les risques et les opportunités en 2026
Après des années de confusion entre les normes européennes (SFDR), américaines et asiatiques :
- Interopérabilité : 2026 marque l’alignement des grandes places financières sur les standards de l’ISSB (International Sustainability Standards Board). Un rapport de durabilité publié à Paris est désormais lisible et comparable à Tokyo ou New York.
- Shadow Banking sous surveillance : Les régulateurs commencent enfin à imposer des règles de transparence aux fonds de capital-investissement (Private Equity) et aux Hedge Funds, qui étaient jusqu’alors les zones d’ombre de la finance durable.
- Meilleure surveillance du greenwashing : Les investisseurs utilisent des algorithmes pour croiser les données satellites (déforestation, émissions de méthane) avec les déclarations des entreprises. Le greenwashing devient techniquement quasi impossible à dissimuler. Le guide anti greenwashing de l’ADEME est une ressource précieuse pour rappeler la loi.
- Meilleure surveillance des crédits carbone : les marchés réglementés et volontaires sont devenus mondiaux, chaque région du monde ayant adapté ses propres standards. Ils sont aussi mieux surveillés avec des opérateurs qui ont appris de l’expérience passée. Le prix de la tonne de carbone évitée fluctue en fonction de la fiabilité des techniques mises en oeuvre.
Emergence de nouveaux acteurs
Le financement du secteur durable voit émerger de nouveaux acteurs : des plateformes de crowdfunding qui soutiennent des projets innovants et durables comme Lendopolis, Keenest, LITA (France), Enerfip (France/UE), Fundeen (Espagne), Bettervest (Allemagne), Ener2Crowd (Italie). [ces investissements sont à risque, nous vous conseillons la prudence, mais ils ont aussi une forte valeur sociétale]
Vous voulez en savoir plus sur la régénération ?
- On voit déjà que quand les cours du pétrole baissent, certains gisements perdent leur rentabilité. ↩︎
- Ainsi AXA (France et International) encourage fortement l’utilisation de Pièces Issues de l’Économie Circulaire (PIEC) pour la réparation des véhicules, souvent en offrant une réduction sur la franchise si le client accepte une pièce d’occasion. Ils développent des partenariats avec des réseaux de démolisseurs agréés. Ils développent des filières de réparation pour l’électroménager et l’électronique sinistrés, en insistant sur la remise en état plutôt que sur le remplacement systématique par du neuf. La MAIF est connue pour son engagement historique en faveur de la réparation. Elle favorise l’envoi de ses assurés vers des garagistes et réparateurs partenaires qui s’engagent à privilégier l’utilisation de pièces reconditionnées ou d’occasion quand cela est possible et sûr. ↩︎